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L'Express

Jeudi 3 Août 2000

Photos et Texte Hélène Koch

 

Pêche Départ très matinal pour traquer perches et bondelles

Pêcheur professionnel sur le lac de Neuchâtel, Claude Delley part très tôt. Récit d'une matinée de pêche commencée au clair de lune.

Départ au claire de lune pour capturer perches et bondelles

Pour Claude Delley, les journées commencent bien avant l'aube. Habitant à Portalban, il fait partie de la quarantaine de pêcheurs professionnels du lac de Neuchâtel. C'est en été qu'il travail le plus, la belle saison étant celle de la pêche commerciale. Récit d'une matinée de pêche commencée au clair de lune.

Il est quatre heures du matin lorsque l'embarcation de pêche quitte Portalban. Le clair de lune est magnifique, mais pour capturer la bondelle, c'est plutôt mauvais. "Les poissons voient les filets", explique Claude Delley, pêcheur professionnel. Il commence par immerger quatre filets à perches au large du village avant de traverser le lac pour aller relever les nasses et les six filets déjà posés du côté de Neuchâtel.

Le bateau est équipé d'un radar qui lui permet de voir les bateaux de plaisance. "Moi, je ne risque pas grand-chose, c'est plutôt eux". L'embarcation est aussi munie d'un sonar indiquant la profondeur, un simple plus pour Claude Delley. Avec son père et son grand-père, il a appris à s'orienter d'après les nombreuses lumières autour du lac et sait à quels endroits tendre ses filets.

Reste que la pêche n'est pas une science exacte et l'on ne sait jamais la quantité de poissons que l'on va remonter. Arrivé au large de la ville endormie, Claude Delley commence par relever les nasses. La première émerge des eaux noires, révélant  une quinzaine de perches qui paraissent bien perdues dans la vaste cage. la seconde nasse ne contient rien. Au final, la pêche est maigre, alors qu'une bonne quantité de poissons frétillent dans les filets.

Il fait encore nuit lorsque Claude Delley remonte ses nasses à perches. Celles-ci sont presque vides.

Tandis que le jours se lève peu à peu, Claude Delley remet le cap sur Portalban. pendant le trajet, il profite de démailler, c'est à dire d'extraire le maximum de perche du filet. Le port des gants est obligatoire pour ce travail, les perches ayant une nageoire dorsale coupante.

Au large de Portalban il relève quatre filets à bondelles. Avec une vingtaine de kilos, la pêche est effectivement médiocre. Il y en aurait probablement eu davantage sans la lune. Le pêcheur fait ensuite une brève escale à Portalban pour décharger les poissons afin qu'ils soien6t déjà préparés. Ce sera tout ça de gagné au niveau temps.

Son fils de huit ans est là, encore un peu ensommeillé mais fin prêt pour embarquer. Il est tout juste 8h lorsque le bateau repart, pour relever les quatre derniers filets à perches posés au début. Il est temps, car les plus matinaux des bateaux de plaisance commencent à naviguer, ce qui peut mettre en danger les filets.

Au total la pêche est bonne, avec 40 kilos de perches et 20 kilos de bondelles, mais la journée est loin d'être terminée. Après un petit déjeuner en famille commence le travail le plus long, la préparation de la pêche, les écailler et enfin les tailler, autrement dit, transformer le bête en filets. Tous ces travaux occuperont Claude Delley, sa femme et sa mère jusqu'à six heures du soir, avec juste une pause pour manger. Autant dire que le pêcheur dort très peu à la belle saison."Une pêche comme ça tous les jours, ce serait excellent, sauf qu'on ne tiendrait pas ce rythme tout l'été".

Les filets, en revanche,  ramènent beaucoup de perches et, l'un dans l'autre, la pêche est bonne.

Pêche sur internet

"Quand j'avais huit ou neuf an, j'ai piqué un filet à mon père et suis allé le tendre près des roseau avec un copain", se souvient Claude Delley, devenu pêcheur comme son père et son grand-père. L'aventure s'était terminée en queue de poisson, avec un filet complètement déchiré et ne belle colère du père.

Passionné par son métier Claude Delley à créé un site internet sur la pêche dans le lac de Neuchâtel ( www.delley.ch) (cldelley@bluewin.ch) et emmène volontiers des gens sur son bateau pour une matinée de pêche.

Les règles varient au fils des jours

A certains égards, le règlement de la pêche professionnel sur le lac de Neuchâtel est presque aussi changeant que la météo. Ces jours par exemple, les pêcheurs peuvent tendrent leurs filets jusqu'à 15m de profondeur pour attraper les perches. Il y a un peut plus d'une semaine, ils pouvaient aller jusqu'à 10 m seulement.

Les adaptations se font ainsi avec rapidité, notamment en fonction  des températures, qui incitent le poisson à se rapprocher plus ou moins de la surface. Les règles de base, en revanche, ne restent stables, comme le nombres maximum de nasses et de filets que chaque pêcheur peut avoir au lac pour la capture des perches, à savoir dix de chaque.

Reste une idée de Pro natura qui préoccupe Claude Delley, pêcheur professionnel:" Ils voudraient imposer un règlement obligeant à tuer les poissons au fur et à mesure qu'on les sort. ça nous prendrait des heures". Assommer une à une les dizaines et les dizaines de perches sorties par un filet prendrait de fait un temps énorme. Actuellement, ils sont 42 pêcheurs professionnels à poser leurs filets dans le lac de Neuchâtel, contre plus d'une centaine à une certaine époques. Mais les deux chiffres sont difficilement comparables. Avant il s'agissait plutôt d'une activité saisonnière, de gens qui avaient une ferme  à côté par exemple, alors que les pêcheurs actuels sont sur le lac toute l'année. A la belle saison, c'est la pêche commerciale qui les occupe, tandis que les mois d'hiver sont consacrés à la capture de reproducteurs pour la pisciculture.

Prospérité en eaux troubles

Les lacs le moins pollués ne sont pas forcément les plus poissonneux."Dans les années 80, la pêche était très bonne car le lac était très sale", explique Arthur Fiechter, inspecteur cantonal de la faune. Une eau pleine de phosphates provoque l'apparition d'un plancton surabondant, où les poissons trouvent davantage à manger.

"On a eu une année record en 1985. On sortait cent kilos de perches par jours", se souvient Claude Delley, pêcheur depuis 20 ans. Durant la décennie suivante, il a vu fondre tout l'argent qu'il avait mis de côté, au fils des années de mauvaise pêche.

A présent, la situation est de nouveau bonne. " C'est la meilleure années depuis 1991", se réjouit le pêcheur. Les conditions météo y sont pour beaucoup, avec un hiver froid qui a bien nettoyé les algues qui lestaient et déchiraient les filets, suivi d'un printemps doux qui a vu les poissons proliférer. A cela il faut ajouter le succès des programmes de repeuplement menés par la pisciculture.

En fait la situation s'est améliorée en 1999 déjà. Avec 135 tonnes de bondelles sorties du lac, la pêche était très en dessus de la moyenne annuelle, qui est de 104 tonnes. Avec seulement 63 tonnes de perches, en revanche, la pêche est nettement en dessous de la moyenne, soit 73 tonnes. Or. s'est une situation inverse que préfèrent les pêcheurs, car palées et bondelles sont un peu dédaignées par le consommateur, contrairement au perches.

Le retour de l'abondance cache une différence: dans un lac désormais plus propre, la croissance des poissons est moins rapide. Au bout d'un an, les jeunes perches ont la taille d'un doigt, alors qu'à la grande époque des phosphates, elles atteignaient déjà une quinzaine de centimètres de long, c'est-à-dire une taille commercialisable.    HEK

Photos non publiées.

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