| Texte et photos tirés du journal d'Estavayer,
du vendredi 11 septembre 1998 Journaliste: Béatrice Schulé |
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Portalban Claude Delley et le métier de pêcheur: une histoire d'amour! Nous avons quitté les rives de Portalban pour accompagner le pêcheur Claude Delley sur le lac, la semaine dernière. Le premier jour, c'est le mauvais temps et sa grisaille qui nous attendaient. La pêche ne fut pas miraculeuse. Mais le lendemain, les doux reflets du soleil inondaient à nouveau les vagues et de nombreux poissons étaient pris dans les filets. C'est comme ça, le métier de pêcheur. On ne sait jamais ce qu'on va trouver. "On peut rentrer au port avec deux mille francs de dégâts, cent kilos de poissons ou rien du tout", affirme Claude Delley. "Mais moi, comme je suis là-dedans depuis tout petit, je ne vois plus la différence". Un peu comme le couple qui fête ses 20 ans de mariage... Départ sur le lac Jeudi 4 septembre. A 5h30 du matin, on ne voit pas grand chose parmi les cabanes du port de pêche, à Portalban. Il fait encore nuit. Une fine pluie commence à tomber. Claude Delley apparaît soudain, en ciré jaune et orange. Il s'affaire près de son bateau. En sentant la brise, il sait déjà que la pêche ne sera pas une partie de plaisir. L'hydrojet baptisé "Zouzou" quitte le rivage et suit la trajectoire indiquée sur le radar, dans la cabine de pilotage. "Sur l'écran, je peux me repérer en cas de brouillard ou chercher mes filets quand il fait nuit", explique Claude Delley. On navigue en direction de Gletterens. Le radar est parsemé de petites taches vert fluo. Ce sont les filets. Arrivé au bon endroit, le pêcheur stabilise le bateau. A l'aide d'un moulinet, il tire hors de l'eau le piège qui se trouvait à 25 mètres de profondeur. Petit à petit, des poissons gris argenté pris dans les mailles apparaissent, juste en dessous des vagues. Claude Delley décroche au fur et à mesure les bondelles, qui finiront de frétiller dans une caisse. Après avoir reverché trois filets, l'hydrojet repart vers Portalban. La pluie troue le lac et le vent souffle plus fort, contraignant l'embarcation à longer les rives de Cudrefin. Le bateau tangue, c'est pire qu'en carrousel. Mais pour le pêcheur, c'est la routine. "Je suis né avec un lac dans ma poche!" lance-t-il en riant. "Chez nous, c'est génétique...". Dur métier que celui de pêcheur Sur le bateau, deux caisses contiennent des poissons. L'une d'elle est pleine.
La prise est bonne aujourd'hui? - C'est très moyen. Là, il y a environ 30 kilos de bondelles. Des goélands planent au-dessus du bateau. "Ils attendent la dîme", dit le pêcheur. "Le pire, ce sont les cormorans. Ils plongent à 10-12 mètres de profondeur et font des trous béants dans les filets, qui sont la richesse du pêcheur".
Combien avez-vous de filets en stock? - Environ quatre cents. J'ai eu la chance de pouvoir reprendre le matériel de pêche de mon père. C'est très dur de se lancer dans la profession sans avoir ce capital de base. Et chaque année, je dois racheter du matériel pour environ 10 à 12000 francs.
Vous allez tous les jours sur le lac? - Pratiquement. Le samedi, je vais à Neuchâtel, vendre une partie de mon poisson au marché. Sinon je l'écoule au détail à Portalban ou chez un marchand, à Estavayer.
Vous pêchez aussi l'hiver? - Toute l'année. Le poisson, il faut le prendre quand il est là. En hiver, c'est moins stressant, car on ne va pas aussi tôt sur le lac. Mais il fait plus froid. Vous savez, le pêcheur est un peu comme une fourmi. Il doit faire des réserves en prévision des années creuses... Arrivé au port, Claude Delley transporte ses caisses de poissons dans une chambre froide, avant de repartir sur le lac, direction Neuchâtel. Entre-temps, Anne-Marie Delley, sa maman, viendra chercher les bondelles qu'elle transformera en filets. D'autres seront destinées au fumoir, tout embaumées d'épices. Après la pluie, le beau temps! Vendredi 4 septembre. Retour au port des pêcheurs, les intempéries de la veille n'ayant pas favorisé la prise des photos. Cette fois, on peut assister à un magnifique lever de soleil. L'horizon prend des teintes bleutées. Sur le bateau, Claude Delley sort les filets posés du côté de Neuchâtel. La pêche sera aussi belle que le paysage, avec 20 kilos de perches. De temps en temps, on croise d'autres pêcheurs sur le lac. Ils échangent quelques paroles sur la météo ou les poissons, avant de s'éloigner. L'air de rien, ils se surveillent mutuellement, en cas de pépin. Le retour au port est plus rapide que la veille. Une fois à terre, le pêcheur appelle son épouse Liliane, car il a besoin de renfort pour "démailler", c'est-à-dire enlever les perches accrochées dans les filets. "Je ne pourrais pas engager un employé", souligne Claude Delley. "C'est une petite entreprise qui doit être familiale". bs |
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Pêche des perches au large de Neuchâtel. |
| Démaillage des bondelles sur le chemin du retour. | ![]() |